Le CFCM condamne avec la plus grande fermeté les déclarations irresponsables de certaines personnalités politiques visant à assimiler les femmes musulmanes portant le voile à des adeptes d’une idéologie extrémiste.
Dans le contexte actuel, la responsabilité politique et morale de celles et ceux qui participent à cette surenchère est engagée. Leurs propos contribuent à désigner à la vindicte et à mettre en danger des femmes déjà victimes d’insultes, de menaces, d’intimidations et d’agressions.
Le port du voile n’est pas l’invention d’une idéologie extrémiste
N’en déplaise aux auteurs de ces déclarations, le port du voile par les femmes ne saurait être présenté comme l’invention d’une idéologie extrémiste contemporaine.
Cette pratique est attestée, sous des formes diverses, dans les textes fondateurs des traditions juive, chrétienne et musulmane. Associée selon les traditions à des considérations de chasteté, de protection ou présentée simplement comme une disposition rituelle ou un signe religieux, cette pratique existe depuis des siècles dans de nombreuses sociétés.
Que des mouvements extrémistes chercheraient à l’instrumentaliser et à en faire un étendard idéologique ne change rien à sa nature. Il ne saurait justifier son interdiction à celles qui le choisissent librement pour des raisons religieuses ou personnelles.
La réponse de la République doit être claire : une femme qui choisit de porter le voile, comme celle qui choisit de ne pas le porter, doit être protégée et son libre choix respecté.
Ne nous trompons ni de combat ni de voie
Le CFCM s’étonne qu’à l’approche de grandes échéances électorales, un parti politique qui aspire à gouverner un grand pays comme le nôtre puisse considérer comme une priorité d’engager nos forces de l’ordre dans le contrôle de la tenue vestimentaire des femmes dans l’espace public. Ces forces ont bien d’autres missions prioritaires. Elles ont besoin de moyens pour lutter contre le terrorisme, la criminalité, le trafic de stupéfiants, les violences faites aux personnes, et toutes les formes d’insécurité qui préoccupent quotidiennement nos concitoyens.
Toute stratégie consistant à détourner le débat électoral en attisant la peur, la stigmatisation et la division dans notre pays serait inévitablement perçue comme une tentative de masquer l’absence de réponses aux véritables défis auxquels la France est confrontée.
N’exposons pas notre pays aux reproches d’intolérance et au ridicule
Nous voulons le dire sans détour : quels que soient les justifications avancées, une interdiction du port du voile dans l’espace public serait en contradiction totale avec les principes constitutionnellement protégés, notamment la liberté de conscience, la liberté individuelle et le principe de laïcité.
Elle constituerait également une provocation publique à la haine, à la violence ou à la discrimination contre des millions de citoyens français.
Des mesures législatives qui visent spécifiquement une catégorie de nos concitoyens doivent nous rappeler des heures sombres de l’histoire de notre pays.
Il est également éclairant de rappeler les propos tenus par Aristide Briand en 1905 lors des débats sur la proposition visant à interdire le port de la soutane. Briand estimait qu’une telle disposition aurait exposé la République au « reproche d’intolérance » et même au « ridicule », alors même que la loi de séparation des Églises et de l’État avait pour ambition d’instaurer « un régime de liberté ».
Le CFCM appelle donc l’ensemble des responsables politiques à la responsabilité et à la retenue, et tous nos concitoyens, attachés à la liberté, à l’égalité et à la fraternité, à faire entendre leur voix par le débat et la mobilisation citoyenne.
Ne faisons pas de millions de Français les otages de stratégies électorales. Ne mettons pas de cibles dans le dos des femmes musulmanes.
Paris le 1er septembre 2026
Le Conseil Français du Culte Musulman
