Le Conseil français du culte musulman (CFCM) exprime sa préoccupation face aux dernières déclarations du recteur de la Grande Mosquée de Paris, M. Chems-eddine Hafiz, dans son échange avec M. Jean-Philippe Tanguy, député du Rassemblement national. Cet échange, diffusé sur France Inter ce dimanche 6 septembre, a porté notamment sur la proposition polémique du RN autour du voile.
Interrogé sur cette proposition, le recteur de la Grande Mosquée de Paris a rappelé son opposition à toute interdiction du voile dans l’espace public. Toutefois, en s’adressant à M. Tanguy, il ajoute : « Quand vous parlez de la lutte contre l’idéologie islamiste, pourquoi ne s’attaque-t-on pas à l’origine ? Pourquoi s’attaque-t-on à l’une des conséquences ? », et dit sa disposition à « travailler ensemble » avec le RN pour lutter contre cette idéologie.
De tels propos qui laissent entendre que le voile serait une conséquence de « l’idéologie islamiste » sont pour le moins troublants.
En établissant ainsi ce lien, le recteur pourrait contribuer à accréditer l’amalgame au cœur de la polémique portée par le Rassemblement national : celui qui consiste à présenter le port du voile comme un marqueur de « l’islamisme » ou comme la manifestation d’une idéologie extrémiste pour justifier son interdiction.
Le CFCM s’inquiète de cette nouvelle déclaration d’autant plus qu’elle fait écho à de précédentes prises de position du recteur de la Grande Mosquée de Paris : interrogé en avril 2025 sur les propos de M. Bruno Retailleau déclarant “À bas le voile”, M. Hafiz avait lui-même déclaré : « Je l’ai dit déjà que le voile ne devait pas exister en France aujourd’hui».
Ces déclarations interviennent dans un contexte marqué par la multiplication des discours et des actes de stigmatisation visant les musulmans de France, et particulièrement les femmes musulmanes.
Dans un tel contexte, les responsables religieux doivent tenir un discours public clair, juste et protecteur, et ne pas contribuer, directement ou indirectement, aux amalgames qui nourrissent cette stigmatisation.
Une autorité religieuse ne doit pas servir de caution aux amalgames
Le CFCM considère qu’une autorité religieuse aussi symbolique que le recteur de la Grande Mosquée de Paris devrait précisément contribuer à dissiper ces amalgames, et non prendre le risque de leur donner une quelconque légitimité. Cette autorité doit défendre la liberté de conscience et la liberté religieuse avec constance, et refuser clairement toute confusion entre une pratique religieuse et une idéologie extrémiste que nous devons tous combattre.
Aussi, le CFCM regrette que M. Hafiz ait acquiescé sans apporter de clarification quand M. Tanguy a prétendu l’existence d’une définition du « voile islamiste » dans les ouvrages du recteur.
Cela risque de fournir à ceux qui assimilent le port du voile à un « symbole islamiste » des arguments supplémentaires et, plus grave encore, de leur apporter la caution qu’ils recherchent auprès d’une autorité religieuse musulmane pour conforter une telle assimilation.
Ces positions publiques sont d’autant plus étonnantes qu’elles contrastent avec les directives religieuses de la mosquée de Paris sur le port du voile.
Pourquoi s’attaquer toujours aux femmes ?
Que ce soit pour des raisons religieuses, médicales ou personnelles, une femme doit être pleinement respectée dans son choix de porter ou de ne pas porter le voile ou toute autre tenue vestimentaire non interdite par la loi de la République.
Le CFCM rappelle que, chaque jour dans notre pays, des femmes portant le voile sont de plus en plus confrontées à des discriminations, des humiliations ou des agressions physiques en raison de leur tenue. Imposer le port du voile par la contrainte ou vouloir contraindre une femme à le retirer constituent les deux faces d’une même logique.
Alors même qu’il existe différentes formes de couvre-chefs masculins qui couvrent les cheveux et, parfois même, une partie du visage, tels que le Turban, la Kippa ou la Coiffe, curieusement, les hommes ne sont jamais inquiétés pour leur tenue vestimentaire.
Les femmes qui font librement le choix de porter le voile au quotidien, malgré les difficultés et les préjugés auxquels elles peuvent être confrontées, doivent pouvoir bénéficier de la pleine solidarité et protection de la République.
Appel solennel au respect des fondements de notre société
Le CFCM appelle solennellement les responsables politiques et religieux à faire preuve de clarté, de responsabilité et de mesure. Nul ne saurait chercher à imposer à ses concitoyens et concitoyennes ses convictions intimes et personnelles, y compris sur le port du voile, ni instrumentaliser les croyances ou les convictions à des fins de pression ou de division.
Le CFCM rappelle que le respect de la liberté de culte et du principe de laïcité, consacrés par notre Constitution, constitue l’un des fondements essentiels de notre société. Il appelle donc chacun à les préserver avec la plus grande vigilance et à s’abstenir de toute prise de position susceptible d’en fragiliser l’équilibre ou d’en menacer les principes.
Paris, le 8 septembre 2026
Le Conseil Français du Culte Musulman
