Mise au point : Ramadan 2026, légitimité des instances et confusions : le CFCM appelle à considérer avant tout l’unité et l’intérêt général des musulmans de France

Le conseil français du culte musulman (CFCM) tient à informer les musulmans de France des raisons réelles de la divergence qui s’est produite le 17 février 2026 concernant le début du Ramadan.

De nombreuses affirmations diffusées dans les médias et sur les réseaux sociaux témoignent d’une méconnaissance de la réalité des faits, voire d’une volonté de renvoyer dos à dos le CFCM — instance représentative du culte musulman — qui a annoncé que le 19 février 2026 correspondait au premier jour de Ramadan 1447 H, et d’autres acteurs ayant fait des annonces différentes.

Le CFCM a toujours cherché l’unité et la concertation

Dès début février 2026, le CFCM, les CRCM et les CDCM affiliés et d’autres collectifs locaux d’associations gestionnaires de mosquées en France, ainsi que des imams et personnalités musulmanes indépendantes membres du COFIP ( Conseil Français de l’Imamat et la prédication), avaient annoncé le début du jeûne pour le jeudi 19 février 2026.

La même décision a été prise par Hilal France, une jeune institution qui s’est fixé pour objectif l’observation locale de la lune en France métropolitaine.

Par ailleurs,  lors de la réunion du CFCM, le 14 janvier 2026, avec MF (Musulmans de France) et FP ( Foi et pratique), ces dernières avaient fait savoir au CFCM leur choix du 19 février 2026 et que c’était très probablement celui de la Grande Mosquée de Paris.

Seul le CTMF ( Conseil Théologique Musulman de France) avait annoncé très tôt son choix pour le 18 février 2026 avant de s’apercevoir  qu’il n’avait pas pris en compte l’une des conditions de visibilité de la conférence de 2016 et s’en était expliqué auprès du CFCM puis en public. Il a fait savoir également au CFCM qu’il ne relaierait pas davantage sa décision pour laisser toutes ses chances à l’élaboration d’une décision unitaire.

Malheureusement, à l’occasion de la réunion de la « nuit du doute », organisée par la grande mosquée de Paris le 17 février 2026, avec la participation de MF ( Musulmans de France), FFAIACA et Foi et pratique débouchant sur le choix du 18 février pour débuter le jeûne, le CFCM a été surpris comme de nombreux acteurs du culte musulman, de ce choix lourd de conséquences. Il semblerait par ailleurs qu’il ait été considérablement influencé par la décision de l’Arabie saoudite.

Contrairement à ce qui a été diffusé ici et là, le CFCM n’a fait qu’appliquer les critères qu’il a toujours affichés dans la plus grande transparence, en assumant son devoir et son rôle d’instance représentative du culte musulman. Dans un soucis d’unité, il l’a fait dans la concertation en s’informant suffisamment sur les intensions des différentes instances musulmanes de France.

Ce qui s’est passé le 17 février 2026 a ravivé le traumatisme causé par un événement similaire le 8 juillet 2013. Le CFCM avait annoncé le début du Ramadan pour le 9 juillet 2013 lors d’une réunion à la mosquée de Paris. Le 8 juillet 2013, tard dans la nuit, la Grande Mosquée de Paris, qui présidait alors le CFCM, a changé d’avis de façon unilatérale et annoncé le début du Ramadan pour le 10 juillet 2013. Les chaînes d’information n’ont relayé ce changement que vers 15 h 00, à quelques heures de la fin de la première journée de Ramadan.

Malgré ce revirement inattendu et incompréhensible aux désagréments connus de tous, les autres membres du CFCM ont tout fait afin d’éviter une division préjudiciable aux musulmans de France. En d’autres termes, ce qui a pu amortir les effets de la crise du 8 juillet 2013, c’était le respect de la légitimité du CFCM.

Pourquoi le CFCM a choisi le calcul ?

L’annonce du CFCM est intervenue dès le 2 février 2026, conformément à sa décision du 9 mai 2013, par laquelle le calcul astronomique est devenu le moyen de déterminer le calendrier lunaire.

Ce moyen a été adopté à l’unanimité des composantes du CFCM, dont la Grande Mosquée de Paris, MF (Musulmans de France), FAAIACA, RMF, CCMTF, CIMG-France et Foi et Pratique.

Avant cette décision de 2013, le CFCM se réunissait pour arbitrer entre les différentes décisions prises par les pays musulmans, en tenant compte des données astronomiques. Cet arbitrage était difficile et donnait lieu à des décisions qui pouvaient être perçues comme arbitraires : certaines années, le CFCM suivait la décision de l’Arabie saoudite et des pays qui adoptaient la même position ; d’autres années, celle de l’Égypte et d’autres États.

En arrière-plan, une forme de hiérarchisation entre différents pays pouvait s’installer, avec des justifications souvent contestables.

Le choix unanime du CFCM d’adopter la méthode du calcul lui permettait ainsi de ne plus rester tributaire des décisions parfois aléatoires de différents pays. Il permettait également aux musulmans de France de mieux organiser leur vie spirituelle dans un espace laïque, comme le nôtre, où les fêtes musulmanes ne sont pas nécessairement chômées.

Une décision prise la veille, lors d’une « nuit du doute », ne permet pas aux fidèles d’anticiper leurs dispositions ni de vivre sereinement et en harmonie avec leur environnement.

Les critères de calcul retenus en 2013 sont ceux de la conférence islamique de 1978 sur le calcul astronomique, à laquelle tous les pays musulmans avaient participé. Ces critères ont été complétés en 2016 par deux conditions destinées à rapprocher davantage le calcul astronomique de la réalité de l’observation visuelle de la nouvelle lune et de corriger les effets liés au décalage horaire (voir annexe à la fin du texte).

Pourquoi la décision devrait émaner du CFCM ?

La divergence constatée cette année ne doit pas masquer une réalité : les débats sur la détermination du calendrier lunaire existent depuis longtemps y compris dans les pays à majorité musulmane. Toutefois, la présence, dans ces pays, d’une autorité unique de référence limite généralement l’impact de ces divergences et les maintient dans le cadre d’un débat intellectuel, sans conséquences immédiates dans la vie quotidienne des fidèles. En France, le CFCM a pu joué ce rôle depuis sa création et réduit considérablement les cas de divergence.

Car, nonobstant les critiques dont il peut faire l’objet, le CFCM — avec toutes ses insuffisances réelles ou supposées — demeure hier comme aujourd’hui:

. l’instance élue par le plus grand nombre de représentants de mosquées de France. En effet, malgré l’absence d’enjeux particuliers propres à une instance cultuelle, près de 1 200 mosquées ont pris part aux dernières élections. Aucune autre instance musulmane ne peut ainsi prétendre à une telle représentativité.

. la seule instance à bénéficier d’une implantation territoriale largement majoritaire, plurielle, en racinée et constante des fédérations et associations qui la composent depuis des décennies.

. la seule instance ayant vocation à représenter toute la diversité de la composante musulmane. C’est la seule structure à rassembler en son sein des associations et fédérations d’origines, de tendances et de sensibilités diverses.

En contredisant l’annonce du CFCM concernant le début du Ramadan et en remettant en cause d’une manière unilatérale et sans concertation un mode de détermination du calendrier lunaire auquel elles ont elles-mêmes pris part en 2013. Ces instances ont malheureusement contribué à fragiliser davantage l’unité et la cohésion des musulmans de France.

Tout en invitant à dédramatiser cette situation, certes profondément regrettable, le CFCM continuera à promouvoir la concertation, la stabilité et la cohésion au sein des instances musulmanes. L’unité et l’intérêt général des musulmans de France restera toujours sa boussole.

Il souhaite enfin un bon Ramadan à tous les musulmans de France ainsi qu’à l’ensemble des musulmans du monde.

ANNEXE : Principe du calcul astronomique

Bien que le sujet du calcul astronomique soit en partie technique, il est possible d’en appréhender les principaux éléments :

1. Conjonction 

Après la pleine lune, la partie éclairée de la lune commence à diminuer jour après jour, jusqu’à  ce qu’elle devienne un croissant et finir par complètement disparaître du champ de vision partout dans le monde. Le nouveau  croissant réapparaitra un ou quelques jours plus tard. Les astronomes publient en général cet instant, appelé conjonction de la lune, en temps universel coordonné (UTC). Bien  évidemment cet instant unique exprimé en heure légale d’un pays peut décaler le phénomène  d’un jour en avant ou en arrière en fonction du décalage horaire entre le pays et le temps  universel.

2. La nouvelle lune

Entre la conjonction (disparition de la lune du champ de vision partout dans le monde) et  sa réapparition à  nouveau nouveau à certaines zones du globe, il peut s’écouler plusieurs heures :  Depuis que l’humanité a commencé à enregistré les données astronomiques liées à la lune, la durée de cette disparition avant la possibilité de l’apercevoir à nouveau l’œil nu n’a jamais été en dessous de 15 heures et 32 minutes (record enregistré en 1990) et jamais en dessous de 11h40 minutes avec usage de télescope ( record enregistré en 2002).

3. Comment gérer le décalage horaire ?

Pour qu’une observation visuelle soit prise en compte par tous les pays malgré le décalage horaire, la conférence islamique avait émis deux conditions :

1. La possibilité de vision calculée de la nouvelle lune doit se réaliser sur un continent et non dans l’océan Pacifique, à l’extrême ouest du continent américain, car le décalage horaire entre cette zone et de nombreux pays musulmans est trop important.

2. La possibilité de vision calculée de la nouvelle lune doit intervenir avant minuit (heure universelle) pour être prise en compte.

Pour cette année 2026, deux éléments importants sont à préciser :

– la conjonction a eu lieu à 12h01 (UTC : temps universel), le 17 février,  soit 13h01 heure de Paris.

– La réapparition était attendue avec usage de télescope à 3h42 (UTC), le 18 février, au pacifique à l’extrême ouest du continent américain.

On constate ici que la durée de disparition complète de la lune — de 12 h 01 le 17 février jusqu’à 3 h 42 le 18 février — est de 15 heures et 41 minutes, ce qui est cohérent avec les connaissances scientifiques établies.

D’une manière général, le non respect des deux conditions dans la méthode du calcul impliquerait inévitablement la divergence avec ceux qui utilisent la vision oculaire comme moyen. C’est d’ailleurs l’une des raisons derrière l’introduction de ces conditions.

Comme le CFCM, ceux qui utilisent le calcul en tenant compte des deux conditions précédentes,  ont annoncé le début de ramadan pour le 19 février et de fait, ils se sont trouvés en accord avec ceux qui utilisent exclusivement la vision oculaire. Quant à ceux qui n’en tiennent pas compte, comme le CTMF ( Conseil Théologique Musulman de France), ils ont fait le choix du 18 février et se sont trouvés de fait en décalage avec ceux qui utilisent la vision oculaire.

Une autre conséquence du non-respect de ces deux conditions à ne pas sous-estimer : dans le cas précis de cette année, l’Arabie et d’autres pays ont entamé le jeûne,  le 18 février 2026, alors même que personne, dans le monde, y compris dans le Pacifique, n’avait encore observé la nouvelle lune.

En effet, par exemple à La Mecque (Makkah), la prière de l’aube (al-fajr) du 18 février 2026 et donc le début du jeûne intervenait à 2h32 en heure universelle alors que la première possibilité de vision était attendue plus tard à partir de 3h42.

Paris le 21 février 2026

CFCM

Le Conseil français du culte musulman est une association française régie par la loi de 1901 qui a vocation à représenter le culte musulman en France auprès des instances étatiques pour les questions relatives à la pratique religieuse.

Vous pourriez aussi aimer